Camila Morsch : la Brésilienne qui se bat contre les inégalités

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Camila Morsch

Elle est jeune, elle fraîche, elle est pétillante et vous emporte dans son combat. Camila Morsch est brésilienne, ultra diplômée et très active dans son secteur. Après un parcours universitaire international en Droit,  spécialisation Droits de l’Homme, après avoir vécu en Nouvelle-Zélande, en Inde et aux Etats-Unis, Camila retourne au Brésil pour continuer sa lutte : les inégalités sociales. Comment être le plus efficace dans ce combat ? En modifiant la politique des entreprises, grands acteurs du changement.

Camila Morsch, dites-nous tout : qui êtes-vous, quel est votre parcours ?

Mon parcours universitaire débute au Brésil, à l’université Santa Cruz do Sul, en 2004, où j’ai obtenu une licence de Droit. Je me suis dès le début intéressée aux Droits de l’Homme, et aux mouvements sociaux.

Puis j’ai fait un Master en Sciences Politiques à l’Université Marshall, aux États-Unis, où j’ai rédigé un projet pour la protection des communautés vivant dans les Appalaches, région la plus pauvre des États-Unis. Cela m’a permis d’intégrer un LLM à UCLA, à Los Angeles. Enfin, en 2012, j’arrive à l’Université de Canterbury en Nouvelle-Zélande pour faire mon PhD en Droit…

Je suis rentrée au Brésil, consciente du changement qu’il fallait apporter. J’ai travaillé pour l’Institut Ethos qui aide à la mise en place de politique RSE au sein des entreprises, et je suis un membre actif de PWN, le Professional Women’s Network. Aujourd’hui je travaille en tant que consultante.

Quel est votre combat ?

Lorsque j’étais à UCLA, j’ai eu la chance de rencontrer Kimberley Crenshaw, la figure contemporaine du féminisme noir. Je suis devenue son assistante de recherche, et trois mois plus tard je suis devenue l’assistante exécutive du Think Tank African American Policy Forum à l’Université de Colombia, à New York. J’y suis restée pendant trois ans.

Ce moment de ma vie a été un moment charnière, j’ai regardé le monde à travers un prisme différent, celui d’une femme noire. C’est là que j’ai réalisé que toutes ces femmes subissaient une double discrimination : celle de leur sexe et celle de leur couleur de peau.

Votre lutte principale est donc celle de l’égalité des sexes ?

Ça l’a été. Le combat du féminisme noir est une période marquante de ma vi. Aujourd’hui, après un Phd sur le rôle et l’impact des entreprises et des organisations dans les politiques sociales, je travaille pour la mise en place des politiques de responsabilité sociale et environnementale dans les entreprises.

 Ce sont donc plusieurs combats à la fois que nous menons, cela va des droits pour les LGBT à l’égalité des genres en passant par la discrimination raciale. Je veux être sur plusieurs fronts. Ma lutte est d’intégrer ces politiques dans les entreprises, qui sont des acteurs majeurs du changement.

Comment jugez-vous le Brésil sur cette question des inégalités, est-ce un des pays les plus en retard, est-ce qu’il y a une évolution ?

Un des pays les plus en retard, non. Le Brésil est un pays démocratique, laïc, ce n’est pas l’un des pires concernant les inégalités. Cette question de la démocratie change beaucoup, même si la corruption est très présente au Brésil. En Inde par exemple, la fragmentation en castes de la société rend les inégalités beaucoup plus fortes, encore plus pour les femmes.

Au Brésil, il existe des évolutions. Cependant, les inégalités entre les Blancs et les Noirs restent très fortes. Une femme noire au Brésil est invisible, personne ne parle d’elle : elle n’a ni pouvoir économique ni pouvoir politique, ce n’est même pas un sujet politique. Elles combinent deux problèmes : racisme et sexisme.

Car même si le Brésil est une démocratie laïque, il existe un sexisme très fort. Il y a cette hypersexualisation sociétale avec des valeurs d’antan qui circulent. Se marier à un homme riche, trouver le prince charmant, c’est ça, le « message Cendrillon », ce message selon lequel une femme doit être belle, et son mari intelligent.

Je me bats contre ce type de messages que l’on absorbe tous les jours par les médias, la publicité, les images. Car ces messages influencent véritablement la manière dont les femmes se regardent… Il existe beaucoup de femmes sexistes, convaincues qu’elles valent moins qu’un homme !

A São Paulo, vous êtes membre du board de PWN, cette association reflète vos valeurs…

Je suis en effet membre actif du bureau brésilien de PWN. Cette association a pour but d’aider la femme à trouver sa réelle place au sein de l’entreprise. Car même au sein des cadres sup’, les femmes ont tendance à se dévaloriser, car la mentalité masculine prédominant souvent. PWN accompagne ces femmes dans leur ambition avec des mentors et des coachs, car ce n’est pas une chose naturelle que de laisser un poste important à une femme.

Retrouvez notre article sur la place des femmes entrepreneurs au Brésil.

Par Camille de Bernis pour My Little Brasil

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